Cet objet exceptionnel en cuivre est un sceptre de pouvoir nommé Soonta (Sounta ou Sonta = "masse") datant la fin de la dynastie Moghole – III (milieu XIXe) Son manche tubulaire sensiblement effilé est décoré au repoussé de torsades dans la partie inférieure et de motifs en chevrons dans la partie supérieure, délimitées par des bandes feuillagées de type acanthe, le tout séparé par un triple anneau central. L'extrémité en forme de pommeau est tout à fait impressionnante, sur le thème zoomorphe singulier d'une gazelle émergeant de la gueule d'un lion. Le sceptre se termine par un fleuron cannelé en laiton.
Les Soonta se retrouvent généralement par paire. Ils étaient portés par des préposés de la cour du Maharaja (Soonta Berdar = "serviteur au sceptre"), lors des cérémonies officielles ou les processions, au même titre que les étendards, parasols, chasse-mouches, ... Concrètement, ces objets polyvalents en forme de crochet immobilisaient les importuns, autant qu'ils guidaient les visiteurs ou qu'ils agrippaient les lourdes portes de palais à ouvrir.
Non destinés à toucher le sol, ils étaient suspendus à l'épaule au repos et brandis en certaines circonstances pour attirer l'attention, puisque immédiatement identifiables parmi la population locale qui ainsi reconnaissait le statut social du gouvernant intronisé. Dans leur sillage et par délégation, symboliquement c'est toute l'autorité souveraine du Maharaja qui était répandue au quatre coins du royaume.
La tête de lion (Siṃhapratīka) qui magnifie ce Soonta a la gueule grande ouverte, de ce fait il rappelle sa caractéristique première qui terrifie avant la force physique de l'animal lui-même : le rugissement (Nāda, comme "son suprême et féroce"), comparé aux cris des guerriers ou du tonnerre de leurs tambours ou de certaines divinités védiques dans les épopées du Mahābhārata. La présence du lion sur une masse d'apparat indienne semble donc cohérente au regard des valeurs de puissance et de royauté qu'il incarne, largement transposées dans les poèmes épiques sacrés hindous. Et puis le fauve rôde sans relâche sur son territoire qu'il défend chèrement, là également le parallèle avec la cour du Maharaja est manifeste puisque le Mahābhārata parle de Simha gostha ("endroit qui rassemble") pour qualifier sa tanière, laissant sous-entendre le royaume du lion et de sa lignée à laquelle tout intrus téméraire devra faire face (par analogie, le roi, sa descendance, son peuple, son armée)
La combinaison du lion avec la gazelle / l'antilope (Mrga) sortant de sa gueule paraît plus insolite. Cependant, toujours au sein des textes védiques, la gazelle est citée à de nombreuses reprises comme son repas préféré. Cette prédation soutien l'image du guerrier (héros civilisé au service d'une noble cause) au combat (contre "les forces primaires, sauvages et indomptées") : « Alors Arjuna saisit Satyesu, sous les yeux des guerriers, comme un lion très affamé, ô roi, attrape une antilope dans la forêt. » (MBh. IX.26.38)
Mais la scène figée sur ce sceptre Soonta peut être vue sous un tout autre angle : celui d'une régurgitation symbolique dans une allégorie de la bienveillance rayonnante du souverain. En effet, "Il peut arriver qu'un animal prédateur cesse de manger la chair d'autres animaux simplement parce que le règne du Maharaja apporte tant de paix au royaume. Par exemple à Mandalay, au Myanmar, où un lion arrête son attaque sur un éléphant parce qu'un couple de Lokapalas se mettent à chanter sur l'influence du roi, qui gouverne si bien que même les animaux rivaux et ceux qui se chassent arrêtent de se battre." (Pr. Paul van der Velde)
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