Cette statue contemporaine népalaise est en bronze doré. La dorure a été volontairement frottée par endroit pour lui donner un aspect général plus "antique". Le visage du Bouddha est réhaussé de peinture, les traits redessinés, ce qui ajoute une belle présence humaine à la statue, et qui l'éclaire avec force et élégance. Il s'agit de Vajrasattva ou Dorje Sempa (Rdo rje sems dpa = être Vajra ou être indestructible tel le diamant), assis en Dhyanasana sur un socle lotiforme à simple corolle.
Considéré comme une déité majeure de pratique du Vajrayana, Vajrasattva est un support aux méthodes tantriques préliminaires de purification. Il est une émanation intérieure du Bouddha primordial (Adi bouddha) Vajradhara (lignées Kagyü et Gelug), en cela il symbolise toutes les familles de Bouddha paisibles avec leurs Qualités incommensurables agissantes. D'ailleurs, sa cloche de type "Cloche de Vajrasattva" (Rdo-rje sems-dpa'i ye-çes dril-bu) possède un manche avec un demi Dorje à cinq pointes, instrument réservé pour les usages rituels de classe paisible.
Son mantra aux cent syllabes est réputé nettoyer les souillures de l'Esprit, de même que rectifier les actes karmiques négatifs tels les atteintes aux engagements ou préceptes sacrés (Samayas) et par cela éloigne la perspective d'une renaissance dans un monde infernal. Ici dans son apparence traditionnelle, Vajrasattva est richement paré de bijoux, couronné d'un diadème à cinq fleurons, vêtu d'un long Dhoti de soie, d'une écharpe et de rubans aériens tel un Bodhisattva. Un haut chignon, lui aussi à cinq pointes, surplombe son crâne, tandis que de longues mèches de cheveux retombent en boucles sur ses épaules. Comme souvent, sa tête s'incline légèrement vers la gauche, ce qui souligne sa compassion, sa clémence, son attention bienveillante et rend la statue plus vivante.
Le Dorje est présenté au creux de la main droite, à hauteur de la poitrine : par ce geste il indique que les multiples "moyens habiles" (Upaya) offerts aux pratiquants pour cheminer vers l'Eveil sont issus d'un don du cœur. En effet, ces moyens pour être adaptés individuellement à la progression de chacun doivent trouver leur source dans la générosité suprême, l'aspiration profonde au bien des autres dans leur infinité, libre de toute partialité. Mais comme tout outil, un moyen ne doit pas être confondu avec le but, il est abandonné avec détachement une fois le résultat obtenu et consolidé. En association la cloche (Dril-bu) est délicatement enserrée par la main gauche au-dessus de la cuisse, elle symbolise la Sagesse (Prajña) : la faculté de voir la réalité des phénomènes pour ce qu'ils sont, au-delà des apparences, c'est à dire vides d'existence propre et impermanents (connaissance de Śūnyatā ou vacuité) Le son de la cloche se répand dans l'espace et les huit directions, comme la voix du Dharma dans tous l'univers pour déchirer le silence de l'ignorance.