Ce rarissime modèle en bronze d’origine chinoise à la patine brune représente l’Arhat Bakula (ou « Jinguzo Luohan » = Luohan méditant, en chinois, ou « Sthavira Bakula » = Bakula l'ancien, en sanskrit)
Bakula serait né environ 70 ans avant Siddhartha Gautama, soit aux alentours de -570 BC.
Il fût un parfait lettré, avant de devenir un ermite vivant dans la forêt, se nourrissant uniquement de végétaux et de fruits. Ses connaissances des plantes médicinales et son régime d’ascète le tiennent éloigné de toutes les maladies et lui procurent une vie exceptionnellement longue (d’où un de ses qualificatifs « d’ancien »)
Cette vie de renonçant retiré dans la nature lui a sans doute conféré son nom, puisque le Bakula n’est autre que Mimusops elengi, un arbre asiatique réputé pour ses propriétés tonifiantes en médecine Ayurvédique. Peut-être l’ermite, après avoir consommé ses baies, a-t-il employé branches et feuillages pour se constituer un abri ou un couchage, signe de son détachement des biens de ce monde ?
Une seconde hypothèse sur l’origine de son nom provient du terme « DviKula » qui signifie en Pali « à deux bords / bordures » et par extension « à deux familles ». Car selon la légende, Bakula nouveau-né âgé de cinq jours fût avalé par un énorme poisson alors qu’il était baigné dans une rivière. Recueilli et adopté par un pêcheur qui captura l’animal, il fût par la suite identifié par ses parents biologiques exigeant sa restitution. Le roi se saisit du litige et ordonna que l’enfant puisse vivre pour moitié de son temps au sein de ses deux familles.
Le récit de sa rencontre avec le Bouddha Sâkyamuni est tout aussi fabuleux, puisqu’il est dit qu’un jour Bakula du sommet de son ermitage aperçu le bienheureux marcher sur une route en contrebas. Sachant que son âge ne lui permettrait sans doute pas de le rejoindre à temps par le chemin ordinaire, il décida de sauter du flanc de la montagne au péril de sa vie. Le Bouddha constatant son sacrifice, il arrêta sa chute par son pouvoir. Bakula sollicita son ordination peu après en tant que Bhikkhu, fût intégré au Sangha, atteignit rapidement l’Eveil et devint un des plus proches disciples de Sâkyamuni.
D’après le courant du Mahayana, seize disciples Eveillés sont demeurés dans le monde après le Parinirvâna du Bouddha, veillant sur le Dharma aussi longtemps que les êtres seront aptes à en bénéficier. Ainsi ces seize Arhats ont fait vœux de rester dans le Samsara jusqu'à l'avènement de Maitreya, prophétisé futur Bouddha. Bakula est classé comme le neuvième des seize Arhats.
Cette statue montre Bakula en robe monastique ample à manches (Jiāshā), de Bhikkhu pleinement ordonné, assis avec aisance en Lalitasana, démontrant sa sérénité intérieure. Sa main droite fait le Vitarka-mudrā (argumentation de la doctrine) pour présenter un Joyau entre son pouce et son index.
Il s’agit d’une pierre Cintāmaṇi-ratna (en chinois « Ruyi-zhu » = joyau qui exauce les vœux) crachée par la mangouste que Bakula maintient avec précaution dans le creux de son bras gauche.
Symbole de richesse, la mangouste Nakula régurgite de sa gueule des « pierres à souhaits », signifiant qu'elle concède les conditions matérielles suffisantes aux pratiquants sur la voie de l’Eveil. Sur le plan des capacités de l’Esprit du cheminant elle a également la faculté d'accorder l’accès à la compréhension de tous les enseignements du Dharma par : la sublimation des cinq sens, le potentiel d'accéder aux six Paramitas, l’expérience de la Vacuité et le développement des Quatre Incommensurables comme conscience du monde. Le lien entre la mangouste et les divinités de la richesse (Jambhala , le Lokapāla Vaiśravaṇa) pourrait être dû au fait que, dans les temps anciens, sa peau était employée pour fabriquer des bourses. Mais aussi parce qu’elle combat le venimeux et mortel cobra par son agilité, sa rapidité, son action juste. Une référence à la victoire sur les serpents Nagas (animalité, pulsions, réactions instinctives, émotions perturbatrices) qui par leur reddition donnent accès à leur trésor (transformation en Joyaux qui exaucent tous les vœux : les « 4 illimités » que sont l’amour, la compassion, la joie et l’équanimité)
Dans son iconographie, Bakula est quasiment toujours associé à la mangouste Nakula, car l’Arhat est devenu légendaire à partir de récits prodigieux aux sources indiennes ou d’Asie centrale, faisant état de ses réalisations : guérisons miraculeuses de moines malades grâce à sa maîtrise des plantes médicinales, dispensateur de longue vie, capacités supranormales (Abhijñā) par sa pénétration directe du Dharma. Par déclinaison, il fût ensuite vénéré pour ce qu’il a enduré dans les épreuves de ses ascèses, sans avoir connu lui-même la maladie et donc s’affranchir des besoins élémentaires (soif, faim, servitudes matérielles ou physiologiques) et empêcher l’aridité spirituelle de ceux qui ont pris refuge.