Ce court instrument à vent tibétain est de la catégorie des trompes. Il s'agit d'un antique Rkang-Gling (Kangling = "flûte de jambe") dont le corps tubulaire patiné par le temps est un fémur humain découpé sous le petit trochanter et évidé. Les deux condyles percés (partie inférieure du fémur) sont encapsulés dans une coque de laiton (Khro nag) formant un pavillon (la bouche ou Kha).
Tandis qu'à l'autre extrémité (la tête Mgo) une embouchure enchâssée faite du même métal facilite la modulation du son. Une solide bague centrale de cuivre et de laiton permet l'attache d'un lien en coton.
Ainsi, la taille modeste de ce Kangling et la présence de ce cordon sont des indices évidents d'un usage en itinérance, certainement par un Yogin errant adepte de la pratique tantrique du Chöd ou d'autres rituels de conjuration. Si la conception du Kangling trouve sa matière première dans les charniers (Dur Khrod), c'est aussi en ces lieux qu'il est fréquemment utilisé pour accompagner les défunts, autant comme symbole de l'impermanence pour les vivants que d'invitation pour les morts et les déités.
Car il faut bien le voir sous deux angles : instrument qui attire (les Bouddhas, divinités protectrices, messagers célestes) et instrument qui repousse ou soumet (les maladies, calamités, forces maléfiques, phénomènes naturels violents) L'adepte tantrique averti sait orienter de façon appropriée l'effet que produit son Kangling (associé la plupart du temps au rythme du Damaru agité par la main droite) selon le contexte, la force du souffle née de l'intention, les notes jouées, la combinaison précise du nombre de retentissements avec les ruptures brusques ou progressives, l'interaction avec des mantras, ...
Traditionnellement, le Yogin Mahasiddha (détenteur de grands accomplissements) est si étroitement uni à son Kangling que les caractéristiques de ce dernier sont ni plus ni moins que le reflet extérieur de ses réalisations intérieures :
- un pavillon gainé d'alliage cuivreux montre une compréhension directe et juste, par l'expérience, de la nature des phénomènes
- un anneau médian signe l'équilibre des moyens habiles et de la Sagesse
- un cordon mobile matérialise la discipline de l'esprit, la supériorité naturelle de la concentration sur le continuum de pensées.