Authentique petit Murthi (= manifestation solide) symbolique et iconique employé dans les temples domestiques durant les Pujas ou toute action de vénération. Le Murthi n'est pas réellement une incarnation d'une divinité, mais plutôt un vecteur matériel sacralisé intelligible à nos sens permettant d'intercéder plus facilement en faveur de celle-ci.
Ce Murthi anthropoïde est de type Shanti (expression paisible d'abondance, de tranquillité, d'allégresse d'une divinité) ici sous forme d'une statuette figurant le dieu Ganesha dansant.
Un Murthi comme celui-ci laisse peu de place à la créativité de l'artisan, puisqu'il doit être conforme aux prescriptions du Shilpa Shastra (canons artistiques sacrés) Ainsi, le Shilpin va rentrer en résonance avec l'harmonie universelle pour se faire interprète des postures (Mudra), symétries (Talmana), expressions (Bhava) révélant au mieux à nos yeux les attributs spirituels distinctifs de la divinité.
Bien au-delà de la simple recherche d'esthétisme, il se dégage du Murthi une capacité à transformer les matériaux bruts qu'offre la nature en représentation archétypale de l'absolu, éveillant notre conscience et court-circuitant le filtre de l'intellect.
Toujours sous la règle du Shilpa Shastra, en théorie le Murthi doit être coulé en alliage Pañcadhātu, c'est à dire de nature quintuple (5 métaux) ce qui avec le temps lui donne cette patine étrange caractéristique, selon les proportions de chaque métal.
Ganesha se manifeste dans l'iconographie hindoue sous 32 apparences. Ce Murthi est la forme de Nritya Ganapati Ganesha (= Ganesh dansant, chef du peuple des Ganas (donc menant un groupe de divinités inférieures à lui, au service du Seigneur Shiva)), particulièrement populaire en Inde du sud. Nritya est une danse expressive tirée de la Sangita (les trois disciplines interdépendantes patronnées par la déesse Sri Sarasvati, de la danse "Nritya", de la musique "Vadya" et du chant "Gita")
Il convient de comprendre par Nritya bien plus qu'une production artistique, c'est autant un mode silencieux de communication d'enseignements, d'idées, qu'une mise en mouvement d'énergies ordonnatrices ou destructrices.
Ganesha a ici quatre bras, dans le style Chola classique, présentant quatre objets singuliers :
- Ankusha tenu en main droite (position haute)
L'aiguillon guide le pratiquant sur le chemin spirituel, l'éloigne des illusions matérielles, lui donne l'énergie sacrée pour avancer.
- Pasha tenu en main gauche (position haute)
Ce nœud coulant neutralise les obstacles à la pratique spirituelle, en les capturant il réduit leur pouvoir de nuisance et peut même les obliger à servir une noble cause. Ces obstacles sont externes et internes (contrôle des émotions perturbatrices et transmutation en élan de sagesse)
A contrario ce lasso manié par une divinité et dirigé vers le pratiquant au moment de sa mort physique, l'aide à s'extirper de son ancienne condition terrestre et guide son âme vers la Lumière.
- Modaka tenu en main gauche (position médiane)
La friandise Modaka est la seule nourriture réputée ayant rassasié Ganesh. Par extension , elle devint l'offrande privilégiée à son intention. Chaturthi est la célébration annuelle dédiée à Ganesh, à cette occasion 21 Modaka sont offerts au dieu, ce qui marque distinctement la complétude de sa Sagesse comme réalisation d'un état non duel (il n'a "plus faim" : l'avidité de préemption de ce qui paraissait extérieur pour le ramener à soi a cessé) Modak veut dire "procurer du bonheur, du plaisir, réjouir" puisque le dépassement de la dualité est le seul véritable bonheur, la fin de l'ego souffrant dans Maya (la grande illusion)
- Danta tenue en main droite (position médiane)
Fait référence à Gajadanta (= dent d'éléphant, ivoire), car Ganesh brandit sa propre défense cassée (Ekadanta) en symbole de détachement au monde manifesté et à la force. D'ailleurs il est communément dit que cette défense permit de terminer l'écriture du Mahâbhârata, cette gigantesque épopée où la connaissance de soi acquise par divers parcours de vies parsemés de combats purificateurs finie par converger dans une unité transcendante et rédemptrice.
Ganesha est admis comme l'une des principales divinités de l'hindouisme. Il est le premier fils de Shiva et de Parvati. Sa physionomie le relie naturellement à l'abondance et par déclinaison au bon présage. Sa puissance dompte tous les obstacles tant pour les éliminer que pour les produire. Ses faveurs sont donc sollicitées par les pratiquants au commencement de tout renouvellement, au début de toute activité qui implique un effort conséquent.