Cette statuette indienne en bois dense (probablement du Sheesham) a été sculptée en haut relief.
Outre la grande finesse de ses détails, elle a également un fort intérêt pour sa richesse iconographique hindoue et plus particulièrement Shivaïte.
En effet, le dieu Shiva comme personnage central de cette triade est figuré en Parivāra ou Parivaar (celui qui couvre, qui entoure, qui protège, qui dirige une famille de divinités auxiliaires)
Shiva est aussi qualifié de Mahādeva (Dieu suprême, père de tous les mondes), ce qui explique sa position axiale ainsi que sa taille imposante en comparaison avec son fils adoptif Ganesha sur son genou droit et son épouse Parvati sur son genou gauche, ou bien le taureau Nandi qui les supporte tous les trois. A noter qu'un autre courant de l'hindouisme, le Shaktisme, inverse l'ascendance : Parvati est Mahādeva (la grande déesse) et son partenaire complémentaire masculin se trouve être Shiva, dans une parfaite dyade jusqu'à la représentation ultime d'Ardhanarishvara (le souverain de l'univers moitié homme, moitié femme)
Ici les trois dieux sont assis avec une jambe repliée. Cette posture (Asana) est appelée Lalitāsana, elle est indicatrice de détente, sérénité, équilibre intérieur. Une belle peau de tigre, dont la tête expressive et les deux pattes avant dépassent du côté droit, sert de siège à Shiva. Ce tigre vaincu est la marque de l'Adiyogi (puissance brute maîtrisée, énergie créatrice non manifestée)
La coiffure de Shiva est tout à fait caractéristique sous trois aspects majeurs, devenus d'ailleurs des épithètes du dieu :
- Candra-sekharah (un croissant de lune démontre sa transcendance du cycle temporel)
- Jatin (les cheveux entremêlés, tordus, en référence aux racines foisonnantes du figuier des banians ou Jati, une allégorie de la multiplicité de la manifestation cependant issue d'une origine unique. Shiva est totipotent, omnipotent, omniprésent, à la fois créateur et essence primordiale de toutes les ramifications de la création)
- Ganga-dhara (celui qui possède le Gange. Car Ganga fût retenue dans les méandres de sa chevelure, afin d'en apaiser les eaux tumultueuses et destructrices, depuis la descente de sa source céleste pour le salut des âmes incarnées ou désincarnées jusqu'aux profondeurs de la terre. Nous pouvons observer la tête de la déesse Ganga et de sa bouche jaillir perpétuellement l'eau sacrée qui forme le Gange)
Pour cette statuette, Shiva a été ciselé sous une forme à quatre bras. Ses deux bras avants étreignent Ganesh et Parvati, ce qui renforce sa qualité de Parivar. Tandis que ses deux bras arrières brandissent des objets spécifiques à sa qualité :
- Le Tri-Sula ("Sula" est une lance donc Tri-Sula ou Trishula est un trident) C'est l'arme qui caractérise le plus Shiva, à tel point que son dessin stylisé sur le front (le Tripundra tracé avec de la cendre sacrée Vibhuti) suffit à identifier les adeptes Shivaïtes. Trois pointes mais une seule arme : Shiva est le souverain universel de la terre, du ciel et des enfers, au-delà des apparentes séparations ou oppositions toute la manifestation est réductible à la même essence primordiale divine pour le Yogin qui sait déchirer les voiles obscurcissants de l'ego. Placé à un niveau supérieur, le Trisula est aussi une référence à la trinité hindoue dont fait partie Shiva (la Trimurti avec Brahma et Vishnu, rappelant que si création, stabilisation et destruction qui régissent le monde (le Triguna) sont des états naturels d'aspect distincts, ils sont simplement la projection d'une source unique absolue) Donner le Trisula à Shiva est pour les Shivaïtes une intention habile de révéler que leur dieu de prédilection serait à lui seul porteur de cette synthèse monothéiste. Enfin, si le Trisula est toujours planté au sol à proximité de Shiva Shankar lorsqu'il est assis méditant en Padmasana, c'est bien dans l'objectif de montrer extérieurement ce qui se joue intérieurement : destruction de l'ignorance par la montée de la Kundalini à partir du Chakra racine (la terre) dans le canal central Sushumna entre les Nadis Ida et Pingala, développement des Siddhis (pouvoirs, accomplissements) acérés et pénétrant la conscience comme les piques du trident.
- Le Damaru en main gauche (petit tambour à deux têtes) rappelle que Shiva est en outre le seigneur de la danse cosmique (Nataraja) Les battements rythmés et alternés sur chaque face du Damaru engendrent successivement anéantissement puis renaissance. Les événements qui en découlent peuvent paraitre déconcertants, déroutants, étranges, au non-initié enferré dans la vue duelle. Pourtant ce ne sont que des phénomènes impermanents qui apparaissent et disparaissent, comme une respiration obéissant bien à un cycle, à une loi unique que Shiva préside et que nous sommes invités à percevoir par l'ascèse (notamment celle des Kapalika) Union du positif et du négatif, le Damaru génère cette onde (Verbe) potentialisant toute la création de l'univers. De ce fait, l'onde est infinie, faute de quoi l'univers s'effondrerait.