Cet ancien livre monastique tibétain du bouddhisme Vajrayana est plus que centenaire.
Il se compose au total de 135 feuillets et d'une couverture en bois sombre, peu dense, gravée uniquement sur ses faces extérieures.
32 feuilles (64 pages) sont manuscrites recto-verso avec des caractères en sanskrit noirs et rouges. Cette liasse est assurément adventice à l'ensemble. Son format est plus court, le papier est en fibres plus denses.
8 feuilles (16 pages) sont manuscrites recto-verso avec des caractères tibétains noirs. Cette série porte le titre "reconnais tes erreurs (mauvaises actions)"
7 feuilles sont imprimées en caractères noirs tibétains sur un seul côté.
5 feuilles (10 pages) forment un opuscule avec une première et une dernière page imprimées en caractères noirs tibétains sur un seul côté, tandis qu'au centre 8 pages sont des dessins tantriques (charnier, animaux et humain écorchés, têtes coupées, couronne de Citipatis, crochets, lassos, Kangling, Damaru, Khatvanga, plusieurs Kartikas et des Kapalas garnies d'offrandes fraîches), mais également d'objets de pratiques cultuelles (Bumpa, vase Kalasha, cuillères pour la Puja du feu "Jinsek", Mala)
40 feuilles (80 pages) sont imprimées recto-verso de caractères noirs tibétains. Cette série qui semble faire référence à la Prajnaparamita débute par le titre "celui qui est passé au-delà de la connaissance pour recevoir le Vajra". Au dos du premier feuillet, le Bouddha est représenté dans deux cartouches (à gauche en Bhumisparsha Mudra, à droite en Patra Mudra avec en-dessous la sentence "la lumière n'est pas suffisante") et au centre le texte indique "il est allé au-delà de la Sagesse".
45 feuilles sont illustrées en noir sur une seule face d'une série de trois mêmes divinités de longue vie (soit 135 images identiques) Il s'agit de Tara blanche ou Dolma Karpo ou Sitatara "la sauveuse". Sous son image un texte en tibétain dit "la noble femme est la mère de tous les êtres (toutes les espèces)".
Les impressions des pages ont été réalisées par xylographie (pressage des feuillets contre une matrice de bois gravée et enduite d'encre végétale ou minérale)
La couverture supérieure en bois montre les trois syllabes tibétaines "OM AH HUM" de consécration gravées par évidement. Elles donnent vie au support de transmission du Dharma, elles animent les textes qui deviennent réellement "agissants". Ces syllabes indiquent que la Sagesse renfermée dans cet ouvrage est en capacité d'opérer respectivement sur le corps, la parole et l'esprit du pratiquant. C'est aussi un mantra de purification, dans le sens de transformation intérieure et extérieure (son corps et son environnement) en suivant la voie du Vajrayana avec la bénédiction de tous les Bouddhas passés, présents et à venir.
Quant à la couverture inférieure, elle porte deux symboles dérivés du Shou taoïste chinois pour favoriser la longévité. De forme circulaire (les cieux) et intégrant les quatre directions (l'univers), la présence du Shou en clôture du livre renforce ici l'idée de projection infinie et ininterrompue de la Sagesse qui n'a ni commencement ni fin. C'est une forme de prolongement : la parole du Bouddha ne saurait se terminer avec un texte, au contraire, elle s'ouvre en un continuum d'enseignants qui à leur tour s'attèlent à sa propagation pour la libération de tous les êtres.
Ce format traditionnel d'ouvrage est désigné comme "Pustaka" (dPe-cha qui signifie "livre") ou bien encore "Pothi". Puisque les pages de ces manuscrits ne sont pas brochées mais contenues entre deux couvertures de bois aux ornements plus ou moins sophistiqués.
Ces livres sont enroulés dans des tissus carrés noués (Dpé-Ré) et quelquefois ceinturés (Sked-rags) L'apparence horizontale des feuillets est un héritage spécifique des premiers manuscrits indiens originellement rédigés sur des feuilles de palmier séchées et transformées ("Patras")