Ce très ancien double sceau date vraisemblablement du XVI ou du XVIIème siècle.
Il est en fer, ce qui confirme son origine sino-tibétaine. En effet, ce métal sensible à l'humidité a été fréquemment employé par les tibétains durant l'époque médiévale, devant la rareté du bronze et parce que les conditions climatiques arides des hauts plateaux le permettent.
Soulignons en outre que le rare fer météoritique était présent en proportion variable dans les objets cultuels précieux et en lien avec l'autorité spirituelle.
A l'instar des Thogchags, ce minerai "tombé du ciel" renforçait tous les pouvoirs, les propriétés ésotériques ou magiques, en vertu de son ascendance céleste proche des déités (l'arme ou l'instrument rituel ainsi forgé devient vecteur de la puissance de la déité)
Notre double sceau à une forme en sablier, il est percée en son milieu pour le nouer à un morceau de tissu en coton servant de lien.
Ses deux extrémités portent les matrices gravées, l'une carrée et l'autre ronde. Ils sont à priori composés de caractères Phags pa, une écriture alphasyllabaire mise au point entre le XIII et le XIVème siècle au sein de l'école Sakyapa.
Phags pa signifie "s'élever", "sublimer", "exalter", "noble" (dans le sens de supérieur), de part son inventeur (Chogyal Phagspa, émanation de Manjushri, Maître Sakya, précepteur impérial) et parce que cette écriture retrouvée dans les sceaux des documents officiels fût celle de la dynastie Yuan.
Le Phags pa en vogue auprès des Lamas tibétains situe notre objet plutôt dans le cadre monastique. D'autant que l'encre rouge encore visible à la surface des matrices nous dit que son propriétaire était un dignitaire religieux.
Le cordon ainsi que la petite taille de ce double sceau montrent qu'il était constamment porté par son propriétaire, puisqu'il faisait office de signature authentifiant les missives, les textes sacrés, les talismans, ... sur lesquels le cachet était apposé. Il devait par conséquent toujours se trouver à portée de main dans le cadre de l'exercice de sa fonction.
Même lors d'initiations tantriques, le sceau d'un Lama pouvait être utilisé comme un témoignage visible de la connexion (et transmission) indéfectible entre l'esprit du Maître et celui de ses disciples.