Ancien pot indien de conception artisanale de belle facture en alliage cuivreux assez lourd.
Il n'est pas destiné à recueillir de l'eau de boisson mais de l'eau sacrée ou sanctifiée.
Il semble régner une certaine confusion dans les termes en usage pour qualifier les pots à eau indiens traditionnels, alors pour clarifier la taxinomie disons que :
- Lota est le nom le plus générique, notamment pour les pots d'eau de consommation (Tamba Ka Lota désignant plus particulièrement un pot en cuivre destiné à l'eau)
- Chambu (en Kannara "petit récipient à eau" mais également "intelligent" ou "spirituel") et Chambu Lota, pour les pots de cérémonies hindoues
- Kalash (ou Kalasa "vase, cruche, tasse") et ses déclinaisons en fonction de ce qu'il renferme (comme Kumkuma Kalash pour un pot d'eau safranée) ou bien de sa destination (comme Pooja Kalash pour un pot d'eau servant à "laver" la divinité, le Lingam)
Notons que le Kalasha se retrouve souvent couronnant le toit des temples (voir l'exemple caractéristique en Inde du sud au temple de Bucesvara - Karnataka - période Hoysala), en raison de l'analogie du corps humain envisagé tel un "temple de chair" avec le vase Kalash figurant la tête.
- Kamandalu comporte une anse et parfois un couvercle. Il est détenu par les Sadhus et par Brahma dans son iconographie classique.
Avec sa petite taille, son col étranglé terminé par une lèvre ourlée, notre exemplaire appartient donc aux classes Chambu Lota et Kalash Lota pour les offrandes et les rituels où l'eau (si possible du Gange) est employée.
En effet, l'eau qui se répand et comble le vide, associée au vase creux à la forme bulbeuse, ouvre un très riche symbolisme. Ainsi, le pot devient le cœur du pratiquant apte par sa Sadhana à accueillir les eaux primordiales de la Vérité (Tattva)
L'ouverture du vase vers le ciel illustre la conscience des origines cosmiques (et divines) de la vie : l'existence croît puis s'écoule dans un cycle infini. La panse du vase est la vacuité dans laquelle nait les phénomènes, y compris la vie, dans cette perspective le Kalash est vu comme un utérus substitué d'où jaillit l'abondance.
Afin de sacraliser son contenu, le Kalash est soumis aux invocations (Avahana) invitant une divinité à accepter d'incarner ses pouvoirs dans l'eau. En outre, nous pouvons comprendre que par réciprocité le vase concentre efficacement l'énergie dévotionnelle des fidèles, notamment par les ondes des Mantras imprégnant le liquide et qui ensuite est restituée à l'idole dans le cérémonial de la Puja. Cette relation bilatérale, dont le Kalasha est le vecteur, connecte puissamment les deux mondes terrestre et divin.
Citons le Brahmakalasa, durant les célébrations annuelles (Utsava) au sein des temples du Kerala, le rituel le plus connu impliquant de très nombreux vases Kalash.
A l'instar de tout objet religieux matérialisant la présence supérieure d'une déité, lorsqu'il quitte les sanctuaires pour investir les domiciles, le Kalash revêt en plus une qualité de protection. Il repousse les entités néfastes et amasse les forces positives. De ce fait, il placé à proximité des icones sur le Puja vedi (autel à Puja) de préférence au nord (point cardinal du dieu de l'eau) et il est soigneusement conservé bien garni (souvenons-nous que le Kalash est symbole de richesse, prospérité. Une référence à Brahma lui-même né du lotus et qui de l'eau primordiale fit émerger l'univers. Une évocation sans cesse renouvelée de l'origine divine de toute vie. Il ne saurait donc être vide ou aride sous peine d'engendrer l'indigence et la mort)
D'autres instructions conseillent de le couvrir de feuilles fraiches (de manguier encore pour la bonne fortune en l'honneur de la déesse Laksmi et de bétel pour la longévité, l'hospitalité, la fidélité) et de nouer son col avec un fil Kalawa (cordon jaune et rouge sacré figurant l'attachement aux divinités, un moyen de demeurer solidement motivé à tenir ses engagements religieux et sociaux)
En outre, il est fréquemment orné d'une Svastika dessinée au Sindoor, pour révéler la présence de Brahma et renforcer l'équilibre, le pouvoir de croissance.