Cet ancien panneau de bois sculpté en bas-relief est d'origine indienne, plus particulièrement du Tamil Nadu (Inde du Sud)
Il s'agit d'une pièce de Kavadi (ou autrement nommé Kavati) C'est une appellation Tamoul désignant un poteau (souvent un simple bambou) en appui sur l'épaule ou la nuque, sur lequel on suspend des charges équilibrés à ses extrémités. Kavati dérive aussi de Kavata en Sanskrit pour signifier une porte (précisément le vantail) En effet, cet élément ressemble à une arcade et même une arche Prabhâvali accueillant en son cœur une divinité. Il était placé de part et d'autre d'une poutrelle centrale, le tout formant le Kavadi.
Alors que l'étymologie renvoi à un usage domestique commun de porte-charge, ce type de Kavadi était destiné à une fonction purement religieuse : la procession hindouiste en l'honneur de Sri Murugan. Cette pratique est toujours en cours, cependant ces panneaux de bois trop couteux et rares sont remplacés par des images ou des effigies de métal au repoussé. Ainsi, les fidèles transportent leur fardeau au cours d'une longue marche les menant à l'autel du dieu. En cette occasion, ils éprouvent leur foi et expriment leur totale dévotion.
Au Kavadi sont fréquemment suspendus des pots de lait (Paal Kodum) et d'autres offrandes de nourritures. Au-dessus, un riche décor de palmes, de fleurs et bien entendu de plumes de paon forment une voûte ou un berceau éclatant. Si les plumes de paon sont indispensables au cortège c'est bien que cet oiseau est le véhicule (Vahana) de Sri Murugan. Il marque de ce fait sa conquête de tout sentiment d'orgueil, il a dominé l'ego, il conduit ses adeptes à se rendre au-delà des apparences, là où le moi laisse sa place au soi (le paon symbolise l'inconscient éclairé par la lumière de Murugan et par lequel se révèle sa véritable nature) En outre, le paon Paravani est réputé se nourrir de serpents (d'ailleurs dans la mythologie hindoue, il fût créé à partir des plumes du Garuda, premier ennemi des forces telluriques qu'incarnent les serpents) et il est dit immunisé contre le venin (tant pour exprimer l'abstinence qui est un contre-poison aux passions agitant l'esprit, que pour indiquer qu'il est triomphant de la mort, du cycle temporel, car franchir le miroir des illusions de Maya mène à briser les conditions karmiques de toute renaissance)
Réellement, il existe au moins onze types de Kavadi différents et pour certains en liaison avec des pratiques corporelles plus extrêmes tendant à repousser les limites de l'endurance des dévots : transpercement de la joue ou de la langue avec une grande aiguille maintenue pendant la procession afin d'empêcher de parler (Vel Kavadi), crochets dans la peau qui sont attachés au cortège (Vette Mulle ou Alangara Kavadi), ...
Si cet usage du transpercement du corps peut sembler cruel, il n'est point question de mortification. Là encore, il convient de rechercher son sens dans l'un des attributs de Sri Murugan, le dieu des guerriers : la lance (Vel) Cette arme est pénétrante et longue. Elle symbolise l'éveil de la puissante énergie Kundalini perçant un à un chaque Chakra au cours de son ascension le long du canal médian Sushumna, pour terminer en sortant du haut du crâne, ce qui fait entrer la Sagesse dans l'intellect c'est-à-dire accéder à une réalité ultime au-delà de la connaissance. Les aiguilles ne sont que des substituts visibles de l'action invisible du Vel de Sri Murugan.
Oui Sri Murugan est le chef des armées divines, sa force est phénoménale car c'est celle du Sacré et ses guerriers (tous masculins) sont des chercheurs spirituels combattant le mal (les démons ou Asuras = les obstacles au Moksha) par les ascèses et les renoncements (assauts intérieurs) La pratique de porter un Kavadi (notamment lors de la fête Tamoule de Thaipusam) est tirée d'un épisode du Skanda Purana. Dans ce texte, l'Asura Itumpan (qui veut dire "orgueilleux" ou "présomptueux") est décrit comme étant "l'inventeur" du Kavadi pour transporter vers le sud deux collines sur ordre du sage Agastya. Cependant, fatigué de son trajet, Itumpan s'arrêta un instant pour poser son fardeau près de Palani où s'était justement reclus Sri Murugan, après avoir perdu un pari avec son frère Sri Ganesha, loin de tout faste matériel. Décidé à repartir, Itumpan ne pu soulever son Kavadi puisque le dieu s'était installé sur l'une des collines et en revendiquait la propriété. Déterminé à remplir son engagement envers son maître, Itumpan affronta Sri Murugan mais il fût tué. Alors le sage Agastya intercéda auprès du dieu pour qu'il soit ressuscité, en faveurs de son dévouement et de sa bravoure. Revenu à la vie, Itumpan devint le perpétuel gardien de la porte du temple de Sri Murugan.