Stupa bouddhiste en bronze fortement oxydé à patine verte, partiellement recouvert d'une couche sableuse, sans doute originaire du Népal même s'il possède toutes les caractéristiques d'une conception tibétaine. Malgré un aspect "antique" accentué, son âge estimé est inférieur à cent ans. Le mot Stupa fait référence à sa forme initiale archaïque : un tumulus, une butte, un monticule naturel ou façonné par l'homme, un empilement de bois pour un bûcher funéraire.
Cet exemplaire de petite dimension est de type votif, il est dit Stupa Uddesika (= Stupa dédié à un objectif, un but, qui pointe vers quelqu'un ou quelque chose) En d'autres termes, il est assigné à la pratique personnelle, autant pour le culte que pour son rôle de mémorial sur un autel domestique.
Il convient de comprendre que la forme d'un Stupa manufacturé et les parties qui le composent traditionnellement sont rigoureusement identiques à celles de l'univers entier perçu comme un Stupa dans la cosmologie bouddhiste :
- les 4 continents (Kamadhatu, ou les six mondes du Samsara dominé par le désir) à la base
- les 17 régions du monde de la forme (Rupadhatu, au-delà du désir) contenu dans l'Anda, le dôme, le vase Bumpa intermédiaire
- les royaumes de terres pures (Arupadhatu, les 4 sphères immatérielles) au sommet
- l'axe du monde (le mont Meru), figuré au centre par le Srog Shing (= pilier de bois, l'arbre de vie) qui traverse tout l'édifice. Il est indispensable, premièrement pour polariser (fixer, ordonner la pratique spirituelle dans un environnement chaotique puisque impermanent) et deuxièmement pour transcender tous les phénomènes par la verticalité (dépassement de la dualité, de l'illusion du temps horizontal. Ce qui fait rentrer dans le champ de l'ainsité, autrement dit le Dharmadhatu)
Cependant, gardons-nous bien de considérer cette cosmologie hiérarchisée comme extérieure et substantielle, elle n'est que projection de l'esprit et la progression verticale dans ces mondes retranscrit la réalisation de niveaux de conscience propre à s'éveiller à la véritable nature de ce qui est.
Sous l'angle de la bouddhéité cette fois, celle-ci embrassant tout l'univers, le Stupa devient la manifestation aniconique du Bouddha Sakyamuni, pour :
- incarner son Esprit (les Sutras étant sa parole et les statues son corps)
- abriter ses reliques (ou substituées par celles d'éminents Lamas)
- concentrer et faire rayonner ses enseignements du Dharma
- irradier ses bénédictions dans toutes les directions du monde phénoménal (par les objets consacrés et Mantras qu'il contient)
- agréger en une seule forme le symbolisme combiné de différents facteurs de cheminement vers l'Eveil
- témoigner des événements principaux de sa dernière vie (en huit styles de Stupas commémoratifs : naissance, Eveil, premier tour de roue du Dharma, descente du monde des dieux, réconciliation, prodiges, victoire parfaite sur la mort, Parinirvâna)
En résumé les Stupas sont classifiables parmi ceux qui sont autogénérés ou parmi ceux qui sont produits volontairement pour servir des objectifs spirituels précis au sein d'un véhicule (Yana ou moyen de cheminement vers l'Eveil)
Citons en outre trois autres catégories : les insurpassables, les émanations des bénédictions du Bouddha et les fruits des pouvoirs supranormaux nés de grands accomplissements yogiques ou entrainement de l'esprit (Siddhis)
Notre Stupa ne se trouve toutefois pas dans la classique série mahayaniste des huit actions prodigieuses du Bouddha Sakyamuni.
En effet, il est un Stupa très rare de Kalachakra, dont il porte le signe à la base sur sa plaque de consécration.
Le Kalachakra (Dus kyi khorlo = roue du temps) est un Tantra du Vajrayana, une initiation ésotérique avancée puisque prodiguée par le Bouddha lui-même lors de la seconde mise en mouvement de la roue du Dharma. Ce Tantra fût transmis au roi Suchandra (= brillance, pureté de la lune, une manifestation du Bodhisattva de la force agissante Vajrapani) régnant sur le mythique royaume de Shambala. A noter qu'il était accompagné, selon le récit, de 96 émissaires royaux (le 9 de la connaissance qui annonce un changement par le 6 ou si nous incluons Suchandra cela fait 97 la connaissance qui mène au 7 de la sagesse)
A l'instar du Stupa, le Kalachakra met l'accent sur un modèle cohérent d'interdépendance entre macrocosme et microcosme (ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et inversement) Ainsi, les chapitres "fondamentaux" du Tantra se focalisent d'abord sur le ciel et ses influences astrales (calendrier astrologique, prévisions des événements), puis sur la nature humaine qui en découle par analogie (processus de naissance, énergies subtiles et éléments, fonctions vitales, états de veille et de sommeil, ...) Enfin les chapitres "de la voie et du fruit" révèlent les techniques yogiques de méditation, respiration en harmonie avec les cycles cosmiques, pour amener le pratiquant avancé à polariser toutes ses énergies en facteur d'illumination.