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L'art bouddhique tibétain

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  • 378-Creature du Bardo

Créature du Bardo


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Cette grande créature zoomorphe d'origine tibétaine a été conçue à partir d'une feuille de cuivre selon la technique du "repoussé" à froid, avant d'être recouverte de dorure. Il s'agit d'une pièce ornementale fort rare extraite d'un ensemble exposant une scène du Bardo. Des trous de fixation sont d'ailleurs visibles à plusieurs endroits du pourtour non ébarbé.
Lorsque l'on évoque le Bardo (Bar do = état transitoire ou intervallaire) nous pensons immédiatement au Bardo de la mort (Chi khai Bar do), rendu célèbre par le Terma (texte trésor de l'école ancienne Nyingmapa) découvert au XIV siècle et désigné sous le titre de Bar do thos grol (comprendre la "libération du Bardo par l'écoute") Cependant, les enseignements du Vajrayana évoquent en réalité six Bardos :
- Trois sont des états expérimentés de notre vivant (Bardos de la naissance / apprentissage de la vie, de la méditation, du rêve)
- Trois sont des états expérimentés avec la mort (Bardos de la dissolution, de la nature en soi, du devenir)
Puisqu'il convient d'interpréter le Bardo comme une période entre une mort et une renaissance au sens large , c'est à dire se situer entre deux changements. Ceci est une approche très bouddhiste des grands mystères de la vie et de la mort, car elle met totalement l'accent sur l'aspect impermanent, transitoire, éphémère de tout état éprouvé dans le Samsara. Seul l'Eveil à la véritable nature de l'esprit apporte la libération de ces Bardos successifs dans l'état inconditionné du Nirvana.


Notre créature fait partie du Bardo de la mort et plus particulièrement du Dharmata (Chos nyid kyi Bar do = le Bardo de notre nature immanente) En effet, après la dissolution un à un des fluides vitaux corporels et de leurs rapports à la perception biaisée du monde phénoménal, il s'ensuit un Bardo où tous les voiles de la conscience ont disparu. L'esprit est alors confronté aux expériences crues de ses propres projections, vécues sans plus aucun filtre avec une intensité difficilement soutenable.
Ces projections prennent des formes de Bouddhas et déités d'abord paisibles (nées du cœur, du jour 1 post mortem au jour 6) puis courroucés (nées de la gorge du jour 7 au jour 12) jusqu'à paraitre telles des furies, sorcières et gardiennes avec de terrifiantes têtes d'animaux (nées de la tête à partir du jour 13)
Tout l'enjeu d'une préparation de son vivant aux visions de ces 110 apparitions consiste à les assimiler une à une à son propre corps perçu tel un Mandala. Ainsi, une pratique quotidienne de Tantra intérieur (hérité du Terton Karma gling pa) permet de situer précisément les divinités paisibles et courroucés (Zhi khro) dans les Chakras (Anahata, Vishuddha, Sahasrara) et les Nadis. Leur unification doit aboutir au dépassement de la vue duelle ordinaire et faire naître la Sagesse auto générée capable de dévoiler la Claire Lumière pour s'y établir. A défaut, dans le cours du processus de la mort, le Bardo de la nature du soi sera fatalement ignoré pour les pâles lueurs trompeuses mais rassurantes des six mondes du Samsara : l'esprit du défunt pourtant débarrassé des consciences grossières ne reconnait pas ces apparitions comme des émanations de sa propre essence, il demeure absorbé par ses empreintes karmiques qui vont le précipité vers le Bardo du devenir.
Nous le voyons, les Bardos expérimentés durant la mort sont semblables à des "brèches" dans un continuum de vie samsarique hallucinée. Mais attention, ces ouvertures vers la Claire Lumière de notre nature de Bouddha sont fugaces, étroites, redoutables. Elles exigent une force et un courage infaillibles qui ne s'improvise pas sans avoir parcouru le chemin au préalable (initiations, entraînement de l'esprit)
D'autant que d'après les textes, le défunt ordinaire n'a pas du tout perçu son changement de condition, désorienté il erre dans les limbes avec une conscience mise à nue qu'il ne maîtrise pas, à la recherche de ses racines karmiques, liens passés, endroits familiers pour l'accueillir au sein d'une nouvelle matrice. Cependant, il a plusieurs occasions de réalisation (au moins trois) et il peut recevoir une précieuse aide extérieure par la lecture du Bar do thos grol.
L'objectif est de guider le défunt, de lui décrire ce qu'il subit, de le détourner des faux refuges en fermant une à une les portes de la renaissance par la dissolution des voiles obscurcissant de l'ignorance. N'ayant aucune certitude de la réussite d'une telle entreprise et à quel moment des Bardos, l'accompagnement est effectué durant le cycle total de 49 jours maximum au terme duquel la renaissance aura eu lieu si l'état éveillé n'a pas été atteint.
Une autre pratique post mortem plus radicale mais risquée pour l'officiant est le transfert de conscience (Pho ba ou Phowa) Elle a pour but d'abréger les épreuves des Bardos (sortie de la conscience par le sommet du crâne) et d'amener directement l'esprit du défunt à une terre pure d'un Bouddha, où il pourra être lucide sur sa mort et y résider dans l'étude du Dharma en préparation à la bouddhéité.
Pour revenir à notre créature du Bardo, ne perdons pas de vue qu'elle est une déité paisible devenue courroucée en réaction à la non-libération du défunt malgré les occasions précédentes. Le temps presse, l'emprise karmique se fait plus forte, le Bardo du devenir est proche, d'où ces apparences provoquant la terreur, l'horreur et l'épouvante.
Elle se manifeste le 14ème jour post mortem parmi les 28 du groupe des Ishvaris (en tibétain Dbang phyug nyi shu rtsa brgyad = "les 28 toutes puissantes ou glorieuses") Ishvara comme Isha se rapportent à la qualification de Seigneur, puissance suprême et inégalable car universelle, souverain de la création. Ce sont des termes sanskrits hérités de l'Inde ancienne, dont l'usage a évolué au fil des textes, mais originellement synonymes de Brahman (dans le sens de capacité absolue) Les Ishvaris (Wangchukma au Tibet) sont donc des contreparties féminisées d'Ishvaras : ce sont toutes des déités féminines issues de l'hindouisme (assimilables aux Shaktis), adaptées et incorporées au Vajrayana.
Elles sont associées par six aux quatre directions cardinales et à celles-ci s'ajoute une ultime classe de quatre gardiennes des portes extérieures. Les points cardinaux ne sont pas ici à concevoir en tant que "positions d'orientation" conventionnelles qui ont disparu dans les Bardos de la mort, mais en rapport avec les "quatre actions" (Las bzhi) de l'esprit éveillé au service du bien d'autrui : apaisement des calamités et discordes (à l'Est), amplification des mérites et de l'abondance (au Sud), maîtrise des énergies et fixation (à l'Ouest), subjugation des démons et dissolution des négativités (au Nord)
En effet, le Yogi tantrique ayant appris de son vivant à développer ces quatre activités par la pratique des Ishvaris, sera en disposition favorable pour les transcender au moment du Bardo de la nature en soi. Dans la cas contraire, l'esprit du défunt va les réifier et connaitre l'effroi de se voir taillé en pièces.
Vouloir identifier avec certitude cette Ishvari est une entreprise ardue, tant les références iconographiques sont variables selon les textes, écoles, supports. Cependant, des indices probants nous amène vers Mahadevi "la grande déesse primordiale" (Lha chèn) souveraine de l'Est :
- Elle est vêtue d'une simple peau de léopard tachetée (Gzig sham) Si la peau de tigre est caractéristique des déités masculines de type Herukas, la peau de léopard est bien un attribut de leurs parèdres et plus généralement des déesses tantriques féminines courroucées (Dakinis, buveuses de sang) Elle marque la transcendance de la colère au service du Dharma (Zhe sdang rdo rje = "colère Vajra"), la témérité, l'irréductible volonté.
- Elle a une tête de léopard (Gzig) De par sa furtivité, son habitat (hautes montagnes ou forêts à la lumière crépusculaire), le léopard est considéré comme un vecteur entre les mondes divins et le monde terrestre, donc par extension il est un guide spirituel respecté. Il est puissant. Il domine les situations grâce à sa prise de hauteur et sa capacité de voir sans être vu.
- Elle porte une lance particulière nommée Mdung dar (= drapeau lance)
- Sa poitrine est ornée d'un Dharmacackra. Ceci montre que son action même sanguinaire est en parfait accord avec la Loi naturelle du Dharma.
- Sa mâchoire est forte, ses mains sont grandes et faméliques, tandis que son ventre est opulent, en outre elle se couvre d'une peau humaine. Elle peut ainsi capturer fermement ses victimes dans le Bardo, les écorcher et se repaitre de leur chaire.
- Sa posture est très dynamique et agitée, sa tête avec une gueule grande ouverte est dirigée vers la gauche (le passé, les résidus karmiques à dévorer)


Zoom sur...


  • Les déités du groupe des Ishvaris à tête d'animal qui hantent le Bardo de la nature en soi sont habituellement illustrées dans la peinture des Thangkas. De rares exemples sculpturaux sont connus et répertoriés, ce qui rend cette plaque au repoussé extrêmement singulière.

Caractéristiques

  • : 378
  • Dimensions (cm) : H. 29,5 x L. 19,7 x P. 5
  • Poids (kg) : 0,400
  • Matières : Cuivre, dorure
  • Origine : Tibet
  • Année (circa) : 18°-19° siècle
  • Catégorie : Bouddhisme
  • Famille : Sculpture

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Olivier C.

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