Cette belle verseuse népalaise ou tibétaine en cuivre est agrémentée de nombreux éléments décoratifs en laiton.
Sa forme rappelle l'aiguière. L'intérieur étamé (évitant la toxicité du cuivre oxydé par le contact direct avec des liquides), ainsi que plusieurs enfoncements de la panse témoignent d'un usage réel et non d'un objet purement décoratif.
Le bec et l'anse sont classiquement zoomorphes :
- Gueule de Makara de laquelle émerge le bec.
Le mot Sanskrit Makara est une contraction de Mukha (la bouche) et de Kr (faire), donc "ce qui nait ou émerge ou est créé de sa bouche". Puisque le Makara est une chimère marine dont l'iconographie est essentiellement axée sur la tête : crocodile à trompe éléphantine.
Ce roi des poissons et son apparence mi aquatique mi terrestre le relie naturellement au 10ème signe zodiacal, le Capricorne.
Ainsi le Makara est porteur des qualités des animaux qui le composent, comme de l'environnement dans lequel il vit : fécondité, patience, puissance et ténacité. Il est logiquement devenu le Vahana (véhicule) des déités Ganga et de Varuna (déesse du Gange et dieu des eaux)
- Dragon stylisé formant une anse.
Le dragon du ciel (air et feu) est complémentaire du "dragon de mer" (eau et terre) personnifié par le Makara.
Le liquide qui s'écoule de cette verseuse en sort purifié, renforcé et en harmonie avec les éléments.
Les deux dragons sont gardiens de Joyaux (perles, Cintamani, Ratna) qu'ils peuvent recracher aux pratiquants du Dharma selon leurs mérites.
Epaule et piédouche sont richement parés de motifs alternant lotus, feuillages et Rúyì.
Le Rúyì est un très ancien signe de bon augure Chinois, car il matérialise la volonté d'exaucer les souhaits. Comme le sceptre dont il tire son origine, il protège autant qu'il facilite la réussite des actions vertueuses de son détenteur.
Le col est recouvert d'une feuille de laiton ajourée faisant apparaitre des G'yung drung (= immuable ou éternelle, à l'image de la Lumière, symbole solaire. C'est la Svastika dextrogyre) de style Qianlong.
Beaucoup plus rares sont les deux médaillons en application sur la panse. En effet, ils portent en relief une divinité très courroucée debout en Pratyālīdhāsana (la posture du tir à l'arc de Shiva destructeur, maintenue durant 100 000 ans) sur un socle Padma-pitha à simple corolle. Cette divinité présente les attributs caractéristiques de Mahakala (= grand noir), le protecteur de la Sagesse, sous la forme Bhagavat (= excellent, glorieux, respectable) et de type Danda (= détenteur de massue), populaire au sein de la lignée Nyingmapa :
- un court bâton brandi en main droite (force, punition, tourments infligés aux ennemis du Dharma)
- un diadème de cinq crânes secs (triomphe sur les cinq Kleshas ou passions, souillures du corps transmutées par les moyens habiles en cinq sagesses)
- un collier de cinquante têtes fraîchement coupées (la guirlande Mundamala, la purification de la parole)
- huit ornements de serpents (victoire sur les huit grands rois Nagas ou intérieurement sur les huit poisons des préoccupations mondaines, acquisition des huit Siddhis ou grand pouvoirs supranormaux)
- un Kapala tenu en main gauche (coupe crânienne symbolisant la mort de l'ego dont la divinité se délecte)
- la chevelure hirsute (l'énergie de l'Eveil qui transperce le septième Chakra Sahasrāra, elle détache définitivement de l'illusion et réalise Sunyata la vacuité)
- un déluge de feu ardent en arrière plan (la flamme purificatrice immole totalement l'ignorance dépeint comme poison primordial)
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