Cette amulette tibétaine figure le Bouddha Amitabha au recto et les syllabes germes "Om Ah Hum" au verso.
Ces trois syllabes consacrent la représentation du Bouddha, elles "l'animent" pour rendre l'amulette active : "Om" blanche pour le corps manifesté purifié de tout obscurcissement, "Ah" rouge pour la parole juste et profonde du Dharma, "Hum" bleue pour la claire Lumière de l'esprit éveillé. Une fois consacrée avec les trois syllabes, l'amulette n'est pas qu'une simple production votive, elle est incarnée par les Qualités du Bouddha. Car ces phonèmes germes (Bija) sont des vibrations transcendantes aux propriétés créatrices, ordonnatrices et purificatrices : la forme est vacuité, la vacuité est la forme. Ce sont des "graines" ou "semences", elles concentrent donc un potentiel infini en une seule syllabe, aux pratiquants de les cultiver au travers des Mantras pour en récolter les fruits.
L'amulette est confectionnée à partir d'une pâte brunâtre assez friable. Il s'agit d'une substance hautement précieuse pour le Vajrayana appelée "Mendrup" (Bdud Rtsi Chos Sman, ce qui signifie "élixir ou nectar ou Amrita de médecine du Dharma") Son nom évoque l'immortalité, mais pas celle imaginée par les occidentaux, c'est à dire la vie terrestre éternelle. Ici l'immortalité est à comprendre comme une victoire sur la mort donc la renaissance dans le Samsara.
Dans la tradition Dzogchen, le terme similaire Myong Grol ("la libération par le goût") est en ce sens plus fidèle : ce remède permet de s'affranchir de la roue des existences, de se libérer des griffes de Yama par cette "offrande intérieure". Si le Mendrup est légendaire, puisqu'il est considéré par le bouddhisme tibétain comme le plus merveilleux joyau transmis de Maître à disciples, bien peu savent comment il est produit...
Tout d'abord le nombre de ses composants est révélateur :
- 8 ingrédients majeurs (en référence à l'octuple sentier des nobles pour développer Sila "l'éthique", Samadhi "l'attention", Prajna "la sagesse")
Santal rouge, girofle, muscade, camphre, cannelle, safran, noix d'arec, malamanupatra (toutes des substances purificatrices, bactéricides, antiparasitaires, stimulantes)
- 1000 ingrédients mineurs d'origine végétale, animale et minérale (le nombre mille revient à la "totalité" pour les tibétains, ceci exprime la globalité de ce qu'offre la nature pour guérir et soulager, c'est la panacée. Tous les phénomènes et passions animant le Samsara sont transmutés en nectar de Sagesse : une fois purifiés les poisons deviennent les remèdes)
Ensuite l'adjonction de levure (Phab Rtsi ou Phab Rta) qui engendre la fermentation comme dans le Chang (Chang Rtsi) ou bière d'orge. Ici la fermentation n'a pas pour but de troubler l'esprit du pratiquant, mais bien de griser les résistances de l'ego avec ses conditionnements erronés et par la même occasion toute entité négative pouvant faire obstruction au cheminement vers l'Eveil. La levure augmente également le volume, elle amplifie les pouvoirs, elle facilite la multiplication, la transmission, le partage.
Normalement le Mendrup ne se vend pas / ne s'achète pas. Son don est reçu comme une véritable bénédiction et il est soigneusement conservé dans un reliquaire (Ghau) ou bien utilisé pour "charger" une statuette.
Ses propriétés bienfaisantes sont universelles, mais des variations existent selon les Lamas et lignées à leur origine (sachant que le Mendrup est initialement une production de l'école Nyingmapa, dont les secrets sont intimement liés aux Terma, les "trésors spirituels")
Ainsi, l'efficience du Mendrup ne réside pas seulement dans les compétences, les connaissances du Lama et de son Amchi, car en définitive chacun peut suivre une recette aussi compliquée soit-elle. En revanche, rien n'est capable de se substituer à la transmission authentique du Dharma par lignée de Maîtres réalisés. De ce fait, pour l'adepte tantrique, le Mendrup à recevoir est celui qui le relie personnellement à un Lama reconnu de sa propre école : ceci matérialise concrètement le Samaya (Dam Tshig ou "lien étroit", "serment", "vœux") en tant qu'indéfectible connexion secrète de Maître à disciple. C'est pour cette raison que le Mendrup est enrichi d'une infime portion de Ringsel (Ring Bsrel, reliques en forme de petites perles collectées après la crémation d'un Maître réalisé. Elles sont capables de s'auto multiplier dans des circonstances favorables et surtout selon les mérites des disciples qui les conservent)
Les textes (Tantras) mentionnent une action décisive du Mendrup par simple contact (ponctuel ou régulier), vision et pensée. Même un effleurement avec son ombre provoque déjà des bénéfices.
A l'instar de la production de Tsa Tsa, le lieu de fabrication est aussi définitivement imprégné des mérites de l'initiative, sa sacralité rayonne et il devient prospère (matériellement et spirituellement)
L'ingestion est possible, cependant plutôt réservée aux situations d'urgences (le décès imminent en est une) ou bien aux pratiques tantriques avancées (développement de Siddhi, de prophéties, de réalisations particulières)