Cette petite amulette est de confection tibétaine des années 1980-1990. Si elle présente sur sa face avant un portrait de S.S. le 14ème Dalaï Lama Tenzin Gyatso c'est bien qu'elle a été consacrée par ce dernier lors d'un rituel de dédicace (Rab gnas)
Cette catégorie particulière d'amulettes se nomme Sungkhor ou Srung 'khor (cercle ou disque ou roue de protection) Srung signifiant "protéger, garder à l'esprit" (comme dans Sung nga = amulette) et Khor "roue, moulin, machine" (comme dans Mani Khor lo = moulin à prière)
Cette appellation ouvre à des origines culturelles et religieuses bien plus complexes que le terme réducteur de talisman.
Un Sungkhor contient un diagramme sacré Yantra tracé sur papier et parfois accompagné de substances symbolisant la fertilité, la prospérité, la longue vie, la pureté (grains de riz, herbes, safran, ...) Le Yantra est un héritage de l'Inde ancienne, son nom formé du suffixe "Tra" (instrument, méthode) et du préfixe "Yam" (soumettre, contrôler, freiner, assujettir) indique qu'il s'agit d'une puissante méthode pour capter toute entité négative née des trois poisons, de la subjuguer et de la retenir afin de mener son porteur jusqu'à la victoire (triomphe du Dharma) C'est également le sens du mot dérivé Niyantrana qui dénote la reprise en main, l'encadrement, le commandement, la conduite.
Ainsi le Yantra en tant que dessin mystique actif (mandala ou autre forme géométrique) est un moyen d'inviter une déité précise, de la confiner, de la mettre en état d'agir pour aider à pacifier l'esprit du pratiquant et à transcender les obstacles (intérieurs ou extérieurs) sur le chemin de l'Eveil.
Le Yantra est un instrument complémentaire au Mantra (paroles transformatrices, invocations, ondes créatrices) et au Tantra (Rgyud = esprit, continuum des enseignements supérieurs secrets du Bouddha) De ce fait, Yantra est le corps, Mantra est le verbe / la parole, Tantra est l'esprit du Bouddha.
L'étymologie de Tantra nous renvoie au métier à tisser, au fil, à la trame du tissus. Or ce tressage est bien visible sur nos amulettes Sungkhor : il est un rappel de la lignée ininterrompue de transmission du Dharma, de ce qui nous relie à notre bouddhéité fondamentale pure et inaliénable, de ce qui fait le courant des existences, de ce qui rassemble au-delà de l'illusion du moi (des multitudes de formes à partir du même fil...) Bien peu de personnes savent interpréter ces canevas colorés qu'il convient de comprendre comme nous venons de le dire sous l'angle du Tantra, mais aussi sous l'angle de la "protection" :
- ce tissage est une extension du Bhupura (= cité terrestre, forteresse)
Dans la construction d'un lieu symbolique où prendra résidence une déité (tel un Mandala ou un Yantra), le Bhupura représente les murailles infranchissables. Ces murs sont gardés de toutes parts grâce à la vigilance des Lokapalas (gardiens des 8 directions) Car si la déité se manifeste au cœur du diagramme, c'est donc sur le plan terrestre, par conséquent sa demeure doit être une forteresse rendant son palais imprenable aux souillures des conditionnements extérieurs.
- ce tissage permet de ne laisser aucun espace vide autour de la déité.
Cette pratique est similaire à la consécration des objets sacrés tridimensionnels, pour lesquels on enchâsse des éléments précieux (rouleaux de Mantras, poudres, herbes médicinales, pilules Rilbu, Tsa Tsa, ...) En effet, tout interstice, toute cavité, pourrait être malencontreusement occupé par un esprit errant, ce qui entrainerait des résultats négatifs inverses à ceux recherchés au cours du culte.
C'est la raison pour laquelle le Yantra est soigneusement plié, puis compressé sur toute sa surface par un tissage serré.