Cette belle mandorle en fonte de laiton est d'origine indienne. Elle se présente en une arcade polylobée au sommet de laquelle se tient classiquement une tête de Kirtimukha. De chaque côté, deux Makara expulsent un bouclier de feu.
L'ensemble forme un Prabhavali (mot composé de Prabha "apparaitre" ou "rayonner" ou "éclairer" ou "splendeur" et de Vali "une onde" ou "une ligne" ou "un poteau", comprendre donc "un halo de lumière flamboyante")
Traditionnellement, le Prabhavali est ajouté en arrière plan d'un autel hindou afin d'envelopper un dieu incarné dans une statue ou une image sacrée. Il est si indissociable de la divinité, que parfois en reconnaissant son ornementation spécifique, nous pouvons en déduire avec une grande certitude pour qui il est destiné. Car il convient d'appréhender le Prabhavali sous un triple rôle :
- Il permet de préserver la divinité de toute souillure
Tout ce qui se manifeste devient conditionné donc corruptible. Cependant ceci est impensable pour un dieu ou une déesse dans un état de pureté absolu. Le Prabhavali "encapsule" ce qui doit demeurer parfait. Il isole du temps et de la dimension dans lesquels il émerge. Il crée une zone immuable au sein d'un monde impermanent. Ici le bouclier est donc assuré par les deux monstres mi terrestres, mi aquatiques que sont les Makara. De leur gueule crocodilienne sortent des langues de feu (Jvalas) Cette protection est renforcée par la tête de Kirtimukha placée en fleuron. Kirtimukha signifie "visage glorieux" (pour Mukha "ce qui est en avant, en premier" et Kirti "resplendeur" ou "éclatant"), dans le sens de repousser le néfaste ou l'ignorance, par la lumière. Mais Mukha exprime aussi l'idée de "porte" ou de "passage" : cette tête ne fait pas qu'écarter les ennemis du bien et du vrai (Dharma), elle attire irrésistiblement pour avaler et transformer. Les uns sont dévorés et mis en pièces (hors d'état de nuire), les autres tels les Yogis réalisés sont sciemment absorbés (lâcher-prise, abandon du moi) pour passer de l'autre côté du miroir à la rencontre du Soi (Atman)
- Il autorise la rencontre avec la divinité
Le plan des dieux n'est pas celui des hommes. Le Prabhavali révèle la divinité aux yeux du dévot qui pourtant n'est pas au même plan qu'elle. Il rend sa manifestation possible pour pratiquer son adoration par ses fidèles : c'est le Darshan. Notons que le Makara vu précédemment comme protecteur est également le Vahana (véhicule) de Varuna, le dieu des eaux célestes et terrestres. Or Varuna gouverne les relations entre humains et déités, il donne l'accès à l'invisible par le chemin intérieur, la réalisation d'un ordre du monde transcendant la raison.
- Il sacralise et fait rayonner la divinité
A l'instar de l'aura, le Prabhavali dépasse les limites du corps du dieu. Il symbolise le pouvoir du sacré capable de s'étendre bien au-delà de la barrière physique, qui n'est qu'une illusion engendrée par l'étroitesse de nos sens ordinaires. Les Qualités du divin rayonnent dans toutes les directions, elles l'enveloppent et elles sont prêtes à pénétrer tous ceux qui sont de force à franchir le seuil vers leur véritable nature (l'Atman menant à sa source, le Brahman)