Cette précieuse petite boite indienne a été réalisée à partir d'un morceau de bois dense (type palissandre) découpé et évidé en son centre afin de former une cupule. Toute sa surface est habillée de placage en laiton ajouré et gravé pour reproduire des motifs végétaux en rinceaux, feuillages et volutes. Le métal est finement travaillé afin de parfaitement épouser les contours sur lesquels il est fixé par clouage. L'ensemble révèle un remarquable savoir-faire artisanal traditionnel.
La présence encore bien visible de substance vermillon à l'intérieur de la cupule nous indique avec certitude qu'il s'agit d'une boite à Sindura (Sindur Dani, Sindoor Dibbi)
Le Sindoor (ou Sindura = teinte pourpre, plomb rouge) est une poudre composée de curcuma, citron, cinabre et chaux éteinte. Mélangée au beurre clarifié (Ghee) elle forme une pâte plus ou moins épaisse à appliquer sur le front (le Tilak qui est une marque de fidélité, d'engagement profond, de communion, de distinction, de reconnaissance mutuelle, d'intronisation) ou sur le crâne en démarcation centrale des cheveux des femmes mariées (le Maang dérivé du mot Mangala, c'est à dire un symbole auspicieux de mariage prospère, sous la bénédiction des dieux, chanceux. En fait, il est ici sous-entendu que la protection engendrant le bonheur de l'épouse est apportée par le mari. Retirer le Sindoor dans les cheveux d'une veuve signifie par conséquent que sa vie est partie avec son défunt mari, elle se trouve désormais privée de fertilité)
L'autre nom du Sindura est Kumkum, appellation du roucouyer qui donne la teinture rouge "roucou" ou bien encore du houx. Ceci démontre une certaine propension des hindous à étendre les éléments constitutifs du Sindoor à tout ce que la nature produit comme fruits ou comme substances se rapprochant du vermillon, y compris le safran et la santal rouge qui additionnent de surcroît leurs propriétés purificatrices (élimination du superflu, illumination intérieure, remèdes universels)
Le Sindura sert en outre à tracer entre les sourcils le célèbre Bindi (népalais) ou Bimdi (hindi) ou Bindu (sanskrit) qui signifie "une goutte" ou "un point" ou "un zéro". Bien que totalement commun (voire banalisé ou ornemental) dans l'imagerie populaire de l'hindouisme, le Bindu a un symbolisme très profond. C'est le centre de tous les possibles, qui se trouve partout et nulle part, autrement dit l'origine du monde manifesté. Le porter sur le front au niveau du sixième Chakra (= Ajna qui a le double de sens de commander et de connaissance parfaite au-delà du raisonnement), proclame que l'on recherche la Lumière intérieure pour faire preuve de discernement dans nos actions extérieures. Cette clarté fondamentale de l'esprit conduit à la Sagesse par la vision pénétrante non-duelle du troisième œil. Puisque rien n'existe en-dehors de la conscience, le Bindu énergise profondément la glande pinéale (= Amruta) située dans son axe pour ouvrir cette conscience à d'autres plans (la vacuité) Il est comme une lampe constamment brillante qui rappelle l'absence de séparation entre sujet et esprit ou entre savoir (hémisphère cérébral gauche) et émotions (hémisphère cérébral droit) Il éclaire donc le chemin vers la Connaissance du véritable soi, bien plus vaste qu'une image égotique illusoire et source d'infinie félicité. Notons que le terme Bindu traduit par "goutte vitale" a un sens ésotérique secret qui ne peut réellement être approché que par l'expérience directe du Yogi. Disons que cette goutte est force suprême fécondante d'où émane les quatre consciences et la dynamique de "l'effort juste". Nous la retrouvons dans le Vajrayana tibétain (Thig le = "cercle" ou "point" ou "centre") et notamment la célèbre pratique de Tummo au sein des six Dharmas de Naropa, qui vise à forcer les souffles subtils du corps (Pranas) à emprunter le canal central Sushumna pour y libérer les gouttes Bindus et provoquer chaleur intense autogénérée semblable à un feu, mais aussi béatitude par destruction des voiles obscurcissants de l'ignorance.
En fait, ces Bindus qui seraient au nombre de mille dans le corps (en d'autres termes pour les tibétains un nombre infini) sont énergie pure (dits "points séminaux de Lumière") reflétant les surpuissantes Qualités de mille divinités, qu'il ne faut pas rechercher à l'extérieur de soi mais au contraire les reconnaitre, les libérer (pratiques de purification) et les dissoudre (les réaliser) à l'intérieur de soi. Le Yoga tantrique utilise donc avec grande habileté Nadis, souffles et Bindus (Sgo gsum = les "trois portes subtiles") pour faire du corps un Mandala vivant où s'expriment les forces triomphantes du Samsara.