Cet instrument du bouddhisme tantrique tibétain est une "flûte de jambe" (Rkang-Gling ou Kangling) De la catégorie des trompes, il est dénommé ainsi car son corps provient d'un fémur humain, coupé dans sa partie haute du trochanter (symboliquement l'attachement au Samsara est sectionné), séché dans le sable avant d'être évidé (comme la moelle de l'ego, les huit préoccupations mondaines sont extirpées depuis le tréfond de leurs racines) et nettoyé à l'eau bouillante (achèvement de la purification des Kleshas et autres souillures obscurcissantes) Ce très beau modèle parfaitement conservé est unique par ses ornements de dessins insérés dans l'os avec une technique similaire au damasquinage (incrustation de fils d'argent dans un motif préalablement gravé)
Par ailleurs l'embouchure métallique rapportée est singulièrement longue. Il s'agit d'un Kangling de qualité supérieure, recherché par les pratiquants pour les caractéristiques suivantes :
- le fémur est tout à fait rectiligne (bonne circulation des énergies par les trois Nadis du corps)
- l'extrémité supérieure a un petit diamètre (finesse, précision de la vue)
- la couleur de l'os est claire (pureté, limpidité de la vue)
- les condyles sont bien volumineux, proportionnés et gainés de cuir (esprit d'Eveil solidement soutenu par les divinités et les forces naturelles)
Les figures enchâssées dans le corps du fémur sont les huit signes auspicieux bouddhiques (Bkra shis rtags brgyad) Il s'agit des présents alloués par les dieux au Bouddha historique Shakyamuni juste après son Eveil. Ceci est une réelle marque d'allégeance des dieux qui reconnaissent ainsi la supériorité de l'état inconditionné par rapport à leur propre situation (N.B. Le bouddhisme considérant le monde des dieux comme étant dans le Samsara, c'est à dire impermanent et conditionné) Il convient en outre d'interpréter ses cadeaux comme des attributs conquis avec l'illumination, le triomphe sur le cycle des renaissances, mais également pour souligner certaines Qualités d'un être éveillé. Ainsi :
- le vase Bumpa ou vase aux trésors offert par la déesse de la terre Sthavara (= stable, immobile, immuable) concède le nectar Amrita d'immortalité (le Bouddha est sorti de la roue des existences karmiques)
- La fleur de lotus ou Padma est la bouddhéité intrinsèque, innée, pure et absolue, capable de s'épanouir dans l'obscurité boueuse de l'ignorance sans en être souillée
- Le nœud sans fin ou nœud d'éternité Shrivatsa (= favori de Shri, marque de Vishnu) exprime l'alliance indissociable de la Sagesse avec la compassion infinie et ses mérites incommensurables
- La roue du Dharma à 8 rayons offerte par le dieu créateur du monde Brahma (= grand, vaste, absolu) gratifie de la connaissance universelle et de l'aptitude à l'enseigner
- Le couple de poissons d'or issu du fleuve Ganga et de la rivière Yamuna donne la maîtrise totale des forces subtiles de l'univers (Prâna), la possibilité de parcourir les six mondes du Samsara sans crainte, sans entrave (attachement) et sans s'y noyer
- La conque dextrogyre ou Dungkhar offerte par le dieu des cieux Indra (= Shakra, seigneur, roi des dieux) procure le pouvoir de diffusion du Dharma dans les 8 directions
- La bannière de victoire marque le triomphe sur les armées de Mara, les illusions sont repoussées, les désirs son écartés, le karma s'épuise avec la mise en œuvre des moyens habiles formés par l'octuple sentier des êtres nobles
- le parasol ou l'excellente ombrelle désigne le point de ralliement des pratiquants cheminant sur la voie royale du Dharma, le seul véritable refuge face à la souffrance inhérente à l'impermanence.