Cet ancien petit temple indien à suspendre est entièrement coulé en laiton jaune, ayant acquis avec le temps une patine plus mordorée.
La divinité au centre du sanctuaire, qui est ici Sri Ganesha, se trouve totalement solidaire de l'ensemble.
Dans cette pièce, ce qui frappe en premier lieu c'est la démesure de l'arche surplombant et encadrant le temple à proprement parlé.
Cette profusion ornementale que l'on peut observer à l'arrière des représentations de déesses et dieux hindous (plus particulièrement en Inde du sud) dans la plupart des lieux de cultes, se nomme Prabhavali (de "Prabhā", une lumière forte et étendue, la brillance, le rayonnement et de "Vali", une onde, un repli, une ligne. Comprendre donc un "halo" de lumière)
A l'origine, le Prabhavali figurait essentiellement l'aura de la déesse ou du dieu, avec comme on le voit dans notre exemplaire des "langues de feu" en spirales appelées Jvalas (des "flammes" souvent au nombre de douze) Cet aura est la force intérieure qui consume toute illusion, tout obstacle à la progression vers la vérité ultime du soi. C'est une puissance rayonnante, qui part d'un centre pour irradier et envelopper la divinité. En même temps, elle délimite un espace sacré, ce qui justifie l'ajout de créatures protectrices :
- le Kirtimukha au sommet, qui semble capable de dévorer le feu.
Mukha signifie "ce qui est en avant, en premier", et par association "le visage" ou "la bouche" ou "la gueule, le bec" d'un animal. Il est intéressant de noter que ce mot désigne également "une porte", "un passage". Tandis que Kirti est "le prestige", "l'éclat", "le lustre".
La plupart du temps placé en situation dominante à l'entrée d'un édifice religieux ou sur le pourtour d'un Prabhavali, le Kirtimukha se charge symboliquement d'avaler toute énergie négative qui se présenterait au seuil de la divinité. Il n'est donc pas qu'un simple protecteur, il est comme un trou noir qui attire et dévore la matière (ou le dévot) pour la transformer et la propulser dans une autre dimension, celle des arcanes de la création où règnent les dieux. Lorsqu'il est Phra Rahu, c'est un faiseur d'éclipse qui mange les astres, une autre manière subtile de suggérer (loin des superstitions) qu'il occulte momentanément la lumière profane (exotérique) pour ouvrir à la vérité cachée (ésotérique)
- le Naga à cinq têtes couronnées Adishesha et au capuchon déployé, qui forme un dais au-dessus du temple.
Sa présence montre que le personnage qu'il protège n'est pas "ordinaire", c'est une marque du divin. En effet, il enveloppe pour l'éternité la nature absolue de la conscience divine. Il est un gage de stabilité de l'univers, de maintien de l'ordre du monde.
Ananta est un autre nom du serpent royal, ce qui veut dire "sans fin", "sans limite". En outre, il est la figure du zéro, du non-manifesté, de l'indéfinissable, de la transcendance de l'espace et du temps. Par conséquent il est situé au-delà du corruptible, de l'impermanence, du conditionné. De la contraction puis de l'étirement de son corps résultent les phases de "big crunch" et "big bang" de l'univers. Ses anneaux portent l'évolution de la création en d'innombrables Kalpas, puisqu'il est la structure qui subsiste même lorsque tout a cessé. S'il a cette attitude toujours dressée, éveillée, vigilante, c'est pour démontrer sa stricte attention envers le respect des lois naturelles et de la morale (Dharma) D'ailleurs, pour ces qualités de sagesse et de concentration, Brahmâ lui a confié de demeurer le point d'appui de la terre (comprendre l'ordre du monde) Les cinq têtes d'Adishesha font sans doute référence à Jnanendriya, les cinq organes par lesquels s'acquiert la conscience puis la connaissance. Car à partir de Jnanendriya, les cinq éléments du corps subtil (les Tanmatras ou archétypes élémentaires) sont reliés aux cinq éléments de la matière ordinaire. Ainsi le serpent polycéphale, mais à un seul corps, personnifie l'accès au Prakrti (la source unique de l'intelligence primordiale) par la synthèse de ce que nous renvoi nos sens au contact de la création.