Cette rare tête de Bouddha en pierre (grès ?) d'origine chinoise a été sculptée en ronde-bosse.
Elle montre toutes les caractéristiques d'un style développé sous la dynastie Tang (7ème-10ème siècle) qui représente le Bouddha sous des traits plus humains, un aspect plus doux assumé :
- le visage est arrondi
- les lèvres sont particulièrement charnues, bien marquées
- les yeux mi-clos en amande sont d'une remarquable élégance, le regard est à la fois dirigé vers le bas et absorbé dans l'infini
- l'arque des sourcils est parfaitement proportionné
- le haut du crâne est légèrement proéminant, l'Ushnisha est seulement suggéré
- l'Urna a disparu
Quelques signes des origines iconographiques indiennes demeurent, comme les cheveux fortement ondulés dessinés en tourbillons et le nez remontant assez haut avec une arrête rectiligne (héritage du Gandhara) Cette sculpture témoigne donc d'une évolution de l'art bouddhiste chinois, qui assimile les canons esthétiques anciens pour les transformer et s'en émanciper progressivement.
L'objectif du style Tang semble clair, il s'agit de rendre le Bouddha accessible, vivant, incarné, presque jovial, tout en préservant une apparence iconique. Ainsi les pratiquants trouveraient de quoi étancher leur soif de dévotion, dans cette imagerie favorisant les connexions fortes à un être avec lequel l'identification est plus aisée. En filigrane, c'est en outre une affirmation de la pensée Mahayaniste : Siddhartha Gautama est un homme, il est devenu Bouddha par reconnaissance et réalisation de la bouddhéité présente en lui comme en chacun des êtres sensibles (Tathagatagarbha)
Le corps charnel du Bouddha (Nirmanakaya) n'est qu'un aspect perceptible d'une triple réalité simultanée (triple corps ou Trikaya)
En cela, il peut être soumis à la désintégration puisque emprunté temporairement pour être manifesté par compassion aux êtres errants dans le Samsara. Toutefois ce corps n'est pas complètement "ordinaire", il porte les 32 signes physiques des Chakravartin (monarque universel destiné à faire tourner la roue du Dharma)
Cette tête est légèrement inclinée vers l'avant, ce qui laisse à penser que jadis elle appartenait à une plus grande sculpture en pied ou bien à un vaste ensemble, pour mieux capter le regard vers le visage.
Le style de la chevelure peut paraitre étrange. Toutefois, même s'il n'est pas courant, quelques autres exemples de la période Tang et même Sui ont une apparence similaire (exemples : Pescheteau-Badin 13-06-2015 lot 32 ou Wadsworth Atheneum ou bien Boisseau-Pomez 03-02-2007 lot 390) En outre, les cheveux en "longues boucles" sont dans les 80 attributs physiques mineurs du Bouddha. Ceci en référence à l'épisode du "grand renoncement" où Shakyamuni se coupe les cheveux avec son épée (non rasés) après avoir fuit son palais et en présence de son serviteur Channa. Puis il se serait exclamé en projetant une poignée de cheveux au ciel "Puissent les cheveux qui me restent ne plus pousser, ni se perdre !" (une parabole à comprendre sous l'angle de la voie médiane c'est à dire "entre ascétisme et matérialisme" ou de sa ferme résolution à atteindre l'Eveil donc en substance "plus de mort, plus de naissance". Car les cheveux qui se font jour en premier avec le nouveau né, qui poussent, qui blanchissent et qui tombent, sont symboles d'impermanence du Samsara et d'ignorance) Son vœux a été exaucé, ses cheveux se sont regroupés et orientés vers la droite (tournés vers l'avenir, sa nouvelle voie), formant ces spirales dextrogyres.
Nul doute que la spirale associée au Bouddha est un vestige de l'Inde brahmanique et yogique (Shankha ou conque de Vishnu qui maîtrise les cycles d'expansion et de contraction de l'univers ou de la vie, déploiement et ascension de l'énergie cosmique Kundalini lovée au Chakra Muladhara, ...) Cependant, ce symbole a aussi trouvé un écho naturellement fort auprès de la culture chinoise sensible au concept d'émanation de Sagesse à partir d'un point central, de création d'équilibre fondamental par la coémergence et l'union de forces concentriques complémentaires (Yin-Yang, dragons mâle-femelle enroulés, ...)