Cette ancienne amulette tibétaine en bronze jaune (Li-ser ou nKhar-ba) patiné par le temps est un Thogchag ou Thokcha (= éclair de fer, métal originel ou primordial) Ce nom trouve son explication dans la curieuse notion "d'existence spontanée" ou "d'auto-originaire" (Rang 'byung ou Ranjung) En effet, les Thogchags comme certaines perles Dzi sont réputés auto-générés, c'est à dire nés d'eux-mêmes sans dépendance de causes et de conditions.
Parfois, les tibétains les considèrent "tombés du ciel", en référence à l'éclair qui frappe le sol et dont l'énergie fantastique est capable de fondre le minerai, mais aussi parce que les plus précieuses amulettes étaient coulées avec tout ou partie de fer météoritique. Par extension, les Thogchags sont des talismans connectés avec le ciel et donc les divinités célestes ou bien les étoiles jusqu'aux origines de la création de l'univers. Bien avant de prendre des formes et symboles en lien avec le bouddhisme, les Thogchags antiques pré-bouddhiques (antérieurs au VIIème siècle au Tibet) introduits par l'Asie centrale sont avant tout des représentations à visées chamaniques et animistes : miroirs Toli, animaux, esprits zoomorphiques, armes, ...
Comme toute amulette, un Thogchag est porté au plus près de la peau de son propriétaire afin d'en maximiser les pouvoirs sur le corps et l'esprit. Ceci est attesté par l'état d'usure avancée de certaines pièces. Les Thogchags sont en outre fréquemment cousus sur les vêtements ou les sacs, collectionnés sur des ceintures ou des écharpes, associés à des articles religieux ou magiques.
Cet exemplaire assez grand (les Thogchags mesurent généralement de 1 à 10 cm) présente deux attaches au revers, afin d'être plus facilement fixé sur un support sans doute textile. De familles très hétérogènes, les Thogchags peuvent être de simples boutons, des récupérations d'ornements de statues (morceau de diadème, boucle d'oreille, ...), des attaches de livres sacrés Pustaka (Pecha), des pointes de flèches, des hachettes du néolithique, ...
Ils sont transmis de génération en génération ou de Maître à disciple : messagers de Lumière, ce sont des biens précieux, capables de repousser le mal, attirer la bonne fortune, préserver le bon ordre des choses, la stabilité d'une situation favorable, dans un monde impermanent où les phénomènes peuvent paraitre souvent chaotiques. Au sein d'un pays aux conditions géographiques et climatiques extrêmement défavorables à l'homme, le Thogchag est un compagnon de route du nomade ou du simple voyageur, dans le but d'écarter les dangers sur son chemin ou même de les prévenir. En trouver un par hasard renforce l'idée de son origine surnaturelle et providentielle, c'est aussi un message à interpréter selon son état (une dégradation avancée annonçant des épreuves de vie à surmonter)
Enfin, les amulettes Thogchags étaient utilisées dans les rituels religieux ou chamaniques pour dissiper la maladie et la souffrance sous tout ses états. Ces objets consacrés étaient donnés à la personne sollicitant une guérison, car ces amulettes sont présumées détenir une fabuleuse quantité d'énergie.