Trompe tibétaine Kangling (Rkang gling = "flûte de jambe") qui a été conçue à partir d'un os (fémur) humain. Le corps de l'instrument a été enrichi d'une embouchure et d'un pavillon aux extrémités, tous deux en cuivre. Positionné aux deux tiers de la longueur, une bague portant un fleuron vient ornementer l'objet.
Ce rare Kangling a la particularité d'être agrémenté de plusieurs cabochons :
- turquoise tibétaine (Gyu)
Une autre appellation de la turquoise, Rinpoche'i rgyal po (= précieux souverain), démontre à quel point cette pierre est révérée par les tibétains.
Quant au nom dérivé Bai radza, il trouve sans doute sa lointaine origine dans les échanges avec les perses, pour lesquels la turquoise Firuzha (= victorieux, triomphant) était aussi positionnée au premier plan des transactions commerciales.
Si la turquoise jouit d'une telle notoriété, c'est bien pour sa relation avec le ciel. Les amulettes Thogchags ("tombées du ciel") font référence aux météorites, au métal en fusion, au feu et à sa puissance régénératrice. Tandis que la turquoise, qui est également portée comme un talisman, évoque la sagesse, l'Esprit pur et clair, la vacuité.
Puisqu'elle favorise le calme le mental et permet d'assoir sa conscience dans un état de présence éveillée, cette pierre bleue est en connexion directe avec la santé de son porteur (l'harmonie prolonge la vie, alors que les tensions l'abrège) Ainsi elle "nourrit" le fluide vital, éloigne les afflictions, à un tel niveau qu'il est communément admis que son éclat pâlit avec l'âge de son propriétaire, mais qu'il reprend vigueur au contact d'une personne plus jeune.
De même, en sanskrit la turquoise (Vairāja = "possession de Brahman") se rapporte à ce qui est agréable à contempler, à ce qui est précieux, fluide, insaisissable, aérien comme un des chars célestes de Brahma qui hérite de son nom.
- corail rouge (Byu ru)
Le terme Byu ru (prononcé Jiru) a une filiation certaine avec le nom chinois Shānhú.
Le corail tire son grand prestige au Tibet et en Chine d'une double nature apparente, à la fois pierre pour sa dureté et arbre pour sa croissance ou sa structure. Ainsi, par extension cette matière est source de longévité, stabilité, force et vigueur. Propriétés amplifiées par la symbolique du rouge qui ajoute des qualités médicinales comme anti hémorragique, régulateur du cycle menstruel.
Les tibétains font en outre confiance au corail rouge pour calmer les tempêtes, tant climatiques qu'intérieures (émotionnelles avec la colère, psychiatriques avec la folie) A l'instar de la turquoise, le corail rouge est traditionnellement baromètre de la santé de son détenteur, puisqu'il ternirait spontanément en présence d'affliction ou de poison.
L'ornement sur ce Kangling, illustre le rapport intime entre le corail rouge et le bouddhisme tibétain, dont il est l'un des sept trésors du culte. Ce précieux élément est considéré comme la manifestation du Bouddha. Pour cette raison, il accompagne les Lamas dans la récitation de leurs Mantras lorsqu'il est la matière première des perles de Malas.
Il est également joyaux (Ratna) comme témoignage de la présence de l'Eveil, au sein des parures de Bodhisattvas, de Chakravartins. Plus le bijou est proche de la tête (Esprit, facultés supérieures) plus il doit être de grande qualité (rouge vif avec beaucoup d'éclat), y compris dans la statuaire bouddhique himalayenne.
Les noms sanskrits Pravāla ou Vidruma vont dans un sens identique pour révéler le corail rouge sous l'angle du bijou de gloire, fruit de l'arbre de la mer, témoignage d'une puissance de transformation supra-mondaine, couronnant les vainqueurs de la souffrance (Samsara), de la pauvreté d'esprit (ignorance) et des viles passions.