Ancien vase en cuivre rouge et laiton jaune originaire du Tibet.
Ce type de récipient sacré est appelé Kalaśa (Kalasha) Ce nom désigne autant un pot à eau, qu'un pinacle d'un temple. En effet, le Kalaśa est sans doute un héritage du Stupi placé au sommet des temples Hindous, car sa panse arrondie illustre la rétention des eaux primordiales. Cela est même devenu un style d'architecture sacrée arrondie (Kailāśa) à part entière.
Par extension, en tant que temple de chair le pratiquant doit être lui aussi en capacité d'accueillir toutes les eaux de la connaissance de l'univers qui conduiront à sa Libération. Car il faut bien comprendre que le Kalaśa réunit en un seul objet les symboles, de l'eau, du plein et du vide. C'est donc sa puissance génératrice qui est mise en avant dans les rituels hindous et bouddhistes, par relation entre la forme (le contenant) et la réalité ultime (le vide) : la conscience cosmique est recueillie (invitée) dans le vase, puis à partir de Sunyata (la vacuité) ou Ākāśa (l'espace, le ciel, l'éther) elle se corporifie et se répand dans l'eau origine de la vie. "La forme est vide. La vacuité est la forme. La vacuité n'est pas autre que la forme et la forme n'est pas autre que la vacuité." lit-on dans le Sūtra du Cœur.
Au Tibet le Kalaśa est nommé Bum pa (Bumpa) pour qualifier un "vase aux trésors". Il est largement répandu dans les rituels et initiations du Vajarayana, notamment le Sachue Bumdrub (rajeunissement des accomplissements du vase) au cours duquel les pouvoirs du Bumpa sont revitalisés. Là encore, les visualisations de Yidams mêlées aux Mantras consacrent l'eau du Bumpa qui devient Khrus Chu (c'est à dire eau de baignade de la divinité) apte aux ablutions. Ainsi l'eau consacrée par la médiation du Bumpa est à la fois chargée des Qualités de la bouddhéité et dotée de propriétés purifiantes (pour les êtres vivants comme pour les objets ou même la nourriture, ce qui amplifie le bénéfice des offrandes)
Avant l'office, le Bumpa est soigneusement préparé par fumigation d'encens à l'intérieur et onction d'eau safranée combinée à un mélange approprié à la destination du rituel (substances lactées ou sucrées ou piquantes)
Puis il n'est jamais rempli totalement, mais seulement aux deux tiers, car nous l'avons vu précédemment le vide est indispensable à la manifestation. C'est aussi la place du corps inconditionné du Bouddha (Dharmakaya)
L'absence d'anse fait que le Bumpa est tenu par le col, fréquemment orné d'un ruban à la couleur de la lignée de Jina invoquée.
Notre exemplaire est couronné d'un chapeau en laiton marqué sur le dessus d'un lotus à huit pétales (le noble octuple sentier) et sur le pourtour des huit signes auspicieux (Ashtamangala) dont le Kalasha fait partie comme source de multiples bienfaits matériels et spirituels.
Cependant, il lui manque le tube conique creux terminal et amovible (Kha'rgyam), servant d'aspersoir.
Ce tube est traditionnellement garni de plumes de paon. D'ailleurs, le terme "Kalasha" fait aussi référence aux plumes de paons, dont les yeux personnifient la sagesse des cinq Bouddhas et les brins dorées les moyens habiles pour accéder à l'Eveil. Au sein du panthéon Hindou, l'oiseau tueur de serpents est un fidèle allié des dieux (capacité à transmuter les poisons qui deviennent facteurs de renouvellement de son majestueux plumage) Combattant le serpent, par association le paon est devenu protecteur contre les forces telluriques défavorables (apaisement des esprits souterrains Nagas)
Quelquefois, surmontant le Bumpa les plumes de paon sont entremêlées de brins d'herbes sacrificielles Kuśa (pour accroitre la longévité) ou de petites branches d'arbres fruitiers (pour soutenir l'abondance, la prospérité)